Ma tribune suite au terrible attentat de Nice : Ne crachons pas sur leurs tombes !

logo_tribunesQuatre jours après l’odieux acte terroriste qui s’est déroulé à Nice, je suis tout d’abord terriblement triste pour les familles et les proches des victimes. Perdre ainsi un enfant, un parent, un ami dans des circonstances aussi atroces me rappelle que vivre se résume parfois à lutter contre le désespoir.

 Je suis aussi terriblement choqué de constater que nos réactions – je veux parler autant de la réaction de l’opinion publique autant que de celle de la classe politique – se révèlent à ce point indécentes et insultantes pour la mémoire des victimes.

Je ne suis pas heureux de vivre dans un monde où les témoins d’une tragédie, au lieu de porter secours, pensent d’abord à sortir leur téléphone portable pour filmer ou prendre en photo des cadavres et des blessés, afin de les partager le plus vite possible sur les réseaux sociaux. Des images insoutenables d’impudeur dont les auteurs, pour se dédouaner, expliquent qu’ils les ont postées à des fins pédagogiques.

Je ne suis pas heureux de vivre dans un monde où la classe politique, après les condoléances d’usage, au lieu de respecter le silence du deuil, exploite la mort de 84 innocents à des fins électoralistes. Oui, les élections présidentielles ont lieu dans quelques mois, personne ne l’ignore ! Mais dans ces circonstances affreuses, je crois que le devoir des hommes et des femmes politiques est de prendre de la hauteur, de souffrir en empathie avec les concitoyens, de proposer des utopies et non de piétiner la mémoire des victimes en utilisant leur souffrance. Le poète, critique et romancier Didier Pobel a écrit un très beau texte à ce sujet, qui dit combien faire de la propagande électorale dans le sang des victimes est une honte. « 84 fois une honte », écrit-il. Je suis d’accord avec lui.

Certes nous pouvons nous poser des questions. Nous voulons tous savoir comment, dans une ville où 1257 caméras de surveillance tournent en permanence, où l’emblématique Promenade des Anglais était ultra sécurisée, comment un 19 tonnes a pu, en passant par des rues adjacentes, faire un tel massacre.

Nous voulons savoir pourquoi un ressortissant étranger, sur notre sol grâce à une carte de séjour, connu des services de police pour des faits de violences, n’a pas été reconduit à la frontière quand nous traitons avec la plus froide inhumanité les migrants qui fuient la guerre.

Nous voulons savoir. Notre devoir de politique est aussi de proposer des solutions. Nous savons que la réponse sécuritaire, si elle ne peut être éludée, vient encore de prouver que seule, elle n’était pas efficace. Nous savons que la lutte doit être multiple.

Au cœur des quartiers, où il est inacceptable d’avoir accepté que de l’argent étranger ait pu financer des mosquées sur notre sol sans avoir le droit de regard sur la propagande qui peut y être dispensée. Oui, un politique ayant dans son programme la construction d’un lieu de culte décent pour les musulmans de France compromet ses chances d’être élu. Mais faut-il détourner le regard et s’étonner ensuite que des imams radicaux et hors de contrôle s’emparent de l’esprit de personnes en mal de repères ? Faut-il détourner le regard et dans notre pays qui place la laïcité au-dessus de tout, ignorer le fait religieux ?

L’homme n’est pas qu’une machine biologique et un animal à consommer. Il a besoin de spiritualité. Il a besoin d’utopies, de rêves, de ferveur, de communion avec ses semblables et avec les forces supérieures de notre monde, quel que soit le nom qu’on leur donne. Le devoir du politique en tant que dirigeant de la cité commune est de permettre l’expression de cette spiritualité dans des conditions compatibles avec nos valeurs républicaines. Donner les moyens à tous d’exprimer librement et dans des conditions décentes sa religion, ce n’est pas contraire à la laïcité, au contraire : car ainsi, le fait religieux, librement exprimé dans l’enceinte privée ou dans les communautés, permet au politique d’être intransigeant dès lors qu’une religion, quelle qu’elle soit, entend se mêler de la vie publique. Construire une mosquée, entendre le discours des imams, les intégrer à la vie de la cité, c’est ensuite pouvoir éradiquer les mosquées sauvages dans les caves et être impitoyable avec la propagande haineuse dispensée sur les réseaux sociaux. N’est-il pas incroyable de constater que Facebook, par exemple, censure l’origine du monde de Courbet, mais laisse sur la toile les images de décapitation commises par Daech ? Quel est ce monde où la violence, plus que l’art, a le droit de cité et contamine les esprits les plus fragiles ?

En tant que politique, je crois que notre devoir, au lieu d’ajouter la haine à la haine, est au contraire de promouvoir l’explication, la pédagogie, l’éducation.

Nous devons aussi, hélas, apprendre à nous défendre. En Israël, les petits enfants savent très tôt se réfugier dans les abris puisque les attentats y sont une menace constante. Mais ils apprennent aussi à le faire en chantant pour dédramatiser l’impact de ces menaces sur leur esprit en construction. Je n’ai pas envie de vivre dans un tel monde, où les enfants apprennent à lire la trajectoire d’une roquette en même temps qu’ils déchiffrent l’alphabet. Mais ce monde est là. Nous devons lui faire face. Pas en érigeant des murs, mais en élevant les esprits. Et certainement pas en utilisant des arguments électoraux simplistes, qui attisent encore la haine des autres. Car ne nous y trompons pas : ce genre d’attitude discrédite la classe politique tout entière et profitera à la seule qui utilise ce discrédit comme programme politique, c’est à dire Marine Le Pen. Les terroristes lui offrent un chèque en blanc. Ne nous laissons pas faire en entrant dans le jeu des extrêmes de la haine et du populisme, qu’ils se nomment Daech ou le Front national.

Alain HOUPERT
Sénateur de la Côte-d’Or

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