Archives de catégorie : Tribunes

Subventions agricoles : A l’aide(s) !

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Voici une tribune que j’ai rédigée suite à l’audition de la Présidente de la Cour des Comptes sur le système de paiement des aides PAC. Le constat est sans appel : les incohérences ne sont pas du côté des Régions, mais bien de l’exécutif.

« A la demande de la commission des finances du Sénat, la Cour des comptes a enquêté sur la chaîne de paiement des aides aux agriculteurs. C’est un enjeu majeur dans notre pays : la France est le premier bénéficiaire des aides de la PAC (52 Mds d’euros pour la programmation 2014-2020, via le Feaga et le Feader). Or, dans son préambule, la Cour relève d’emblée que « les difficultés observées dans le paiement de ces aides […] marquée par d’importants retards de paiement, trouvaient notamment leur origine dans l’organisation et le fonctionnement de la chaîne de paiement des aides agricoles relevant non seulement de la responsabilité de l’Agence de services et de paiement, mais aussi du ministère de l’agriculture. » A ce sujet, il est édifiant de mettre en perspective les conclusions de la Cour des Comptes avec les préconisations de CAP 2022, cette « boîte à penser » voulue par l’exécutif pour réfléchir à la réforme des missions de l’État. Deux points me préoccupent particulièrement.

Une complexité qui lèse les agriculteurs. Vous êtes agriculteur en droit de percevoir des aides européennes ? Armez-vous de patience ! La chaîne de paiement est effroyable de complexité, avec un empilement de structures de paiement et/ou de contrôle, chacune avec ses prérogatives et ses responsabilités : Agence de services et de paiement, via telepac, ministère de l’Agriculture, Régions, Commission européenne… Deux chiffres éloquents : s’agissant du Feader, nous sommes passés de 6 programmes de développement rural régional à… 29. Percevoir une aide dans ce maelström administratif relève du miracle ! Le coût de traitement de ces aides est ahurissant : 342 M€ en 2016, soit 3,5 % des aides reçues, 343 M€ en 2017, sans compter le coût des refus d’apurement pour le budget de l’État ni celui supporté par les Régions qui ont recruté des personnels supplémentaires…

Une volonté de recentralisation. Une fois de plus, la tentation d’hyper-contrôle de l’exécutif se manifeste par la mise en cause de la régionalisation du paiement des aides du Feader, alors qu’à plusieurs reprises, c’est bien l’empilement de la chaîne de paiement et l’inadaptation de la réglementation française qui est mise en cause par la Cour des comptes. Or, je le redis : contrairement aux perspectives dessinées par Cap 2022, je suis pour la régionalisation du Feader. La proximité est ici essentielle. La responsabilité est politique : les moyens n’ont pas été dévolus à la hauteur des enjeux et le ministère de l’Agriculture n’a pas voulu céder un pouce de ses prérogatives, freinant la fluidité de la chaîne de paiement. Le manque de dialogue, l’absence d’anticipation des aspects techniques de la régionalisation depuis 2014 a achevé le chaos. Combien d’autres rapports alarmants, combien d’exploitations menacées du fait des retards de paiements, combien de suicides faut-il pour que le ministère de l’Agriculture – dès qu’il sera nommé, évidemment – prenne réellement la mesure de la détresse de la filière agricole ? »

 

Procréation Médicalement Assistée (PMA) : pour un « Plan fertilité »

Article Libération PMACe matin, le quotidien Libération fait paraître sur ce sujet sensible une tribune que je co-signe avec le Pr René Frydman, grand obstétricien et « père » du premier « bébé éprouvette » de France, et le Pr Christian Hervé, président de l’Académie d’éthique, médecine et politiques publiques. Pour que la science lutte contre l’infertilité, au nom du devoir médical !

https://www.liberation.fr/debats/2018/09/24/pma-appel-pour-un-plan-fertilite_1680925

 

Robert Berthaut, Du côté de l’époisses

 

EpoissesSi « le » Marcel (Proust) avait été Bourguignon, sa madeleine aurait été l’époisses. Une madeleine certes plus prononcée en effluves mais ce fromage crémeux mériterait aussi ces lignes que l’auteur consacre au petit gâteau dodu dans Du côté de chez Swann, « si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot…  »

L’époisses m’évoque immanquablement ces goûtaillons avec l’un ou l’autre ami vigneron devant une bouteille accompagnée d’un bon pain craquant coiffé d’une bouchée d’époisses, cueillie du bout du couteau. C’est qu’il est vivant ce fromage-là, prenant ses aises dans sa boîte de bois, offrant au nez comme à la langue des arômes puissants…

Ce n’était pas évident, pour un tel rebelle aux standards de dépasser les frontières de son village d’origine. Mais il l’a fait et si l’époisses est connu aujourd’hui dans le monde entier c’est grâce à un homme qui vient de disparaître : Robert Berthaut.

Avec son épouse Simone, il a sauvé de l’anonymat ce fromage, d’abord en reproduisant dans la cave familiale les gestes de sa tante et de sa grand-mère puis, se prenant au jeu, il a commencé à le commercialiser, achetant pour le produire son propre troupeau de vaches…

Depuis la petite fromagerie familiale a pris son envol, devenant une entreprise industrielle sous l’impulsion de Jean, son fils, puis propriété d’un grand groupe agro-alimentaire, tandis que l’époisses a obtenu son AOP et se déguste partout où l’on n’a pas peur de s’en prendre plein les narines et le palais. Un fromage de bon vivant, mais aussi d’esthète, car il gagne au fil du temps en saveurs et en complexité : ce n’est sûrement pas un hasard si l’époisses est né en Côte-d’Or, terroir par excellence du pinot noir…

A la famille de Robert Berthaut, à ses enfants, à son épouse Simone, je présente mes plus sincères condoléances. Et pour lui rendre hommage, quoi de mieux que d’ouvrir une bouteille, et sur un morceau de bon pain, prendre le temps de savourer un époisses, pardon un « Berthaut ».

 

Le Châtillonnais, bannière étoilée de Côte-d’Or

La cuisine japonaise admet, en plus des quatre saveurs de base (le sucré, l’acide, l’amer, le salé) une cinquième : l’umami. Difficilement traduisible, ce mot évoque en japonais l’adjectif « savoureux ». L’umami fut identifiée en 1908 par un chercheur japonais et tend à arrondir subtilement l’ensemble des saveurs d’un plat.

En réalité, l’umami existe depuis très longtemps dans notre gastronomie puisque dès 1826 dans sa Physiologie du goût, Jean-Anthelme Brillat-Savarin décrivait cette cinquième saveur appelée « osmazome », tandis qu’Auguste Escoffier créait des plats intégrant l’umami sans en connaître les mécanismes.

Cette saveur supplémentaire amène à table le chiffre 5, chiffre de la grâce et de l’équilibre : et quels meilleurs qualificatifs pour la table du Château de Courban qui vient de décrocher sa première étoile au Guide Michelin ?

Cette récompense vient saluer l’implication exceptionnelle d’une famille : celle de mon ami Pierre Vandendriessche, décorateur à Lille, polyglotte, tombé amoureux d’une demeure du XIXème siècle construite sur l’emplacement d’un château détruit à la Révolution. Il aura fallu plus de douze ans de travaux, une vision, des coups de génie et de douce folie pour que le Château de Courban retrouve son lustre. C’est aujourd’hui un hôtel 4* doté d’un spa…

En 2012, les fils de Pierre, Frédéric et Jérôme, reprennent les rênes du Domaine. Trois ans plus tard, le chef Takashi Kinoshita, chef japonais qui a parfait son apprentissage en France (avec un passage notamment dans les cuisines de L’Elysée et chez Billoux à Dijon) arrive à Courban. Et l’enchantement se poursuit…

Distinguée par Alain Ducasse, par le Gault et Millau l’année dernière et désormais étoilée, la cuisine du Château de Courban vient illuminer un parcours incroyable… et pourtant si révélateur.

Oui, il est possible dans ce Châtillonnais si méprisé, d’atteindre l’excellence. Oui ce territoire décrié, dont on souligne à l’envi la désertification peut être le terreau de vies exceptionnelles. Sans doute plus qu’ailleurs, c’est vrai, il y faudra la volonté, le courage et une foi indéfectible dans un projet et dans l’avenir. Y retrouver la persévérance des Cisterciens qui défrichaient des collines pour y bâtir des lieux d’espérance. Mais justement, dans ce territoire, l’ambition n’a de limites que l’imagination. Et si l’on vise le firmament, il n’est pas impossible qu’un peu de grâce ne vienne récompenser le travail…

J’espère que le Château de Courban pourra servir d’exemple à tous. Que la Révolution des palais que la famille Vandendriessche et le chef Kinoshita ont lancée entraîne d’autres volontés à poursuivre leurs rêves… et que le Châtillonnais arbore longtemps sa bannière étoilée !

 

Je suis Voltaire !

Voici une tribune qui m’a été inspirée par le projet d’Emmanuel Macron de lutter contre les « fake news ». Un projet inutile au regard de la loi et dangereux au regard de la démocratie.

Il y a trois ans, l’attentat contre la rédaction de Charlie hebdo… et une vague immense de protestation, la certitude qu’en France, personne ne prendra la liberté d’expression. Trois ans après, qu’en reste-il ? Qui est encore Charlie quand le Président de la République annonce sans soulever la moindre protestation un projet de loi contre les « fake news » : un texte visant à obliger les plateformes à faire davantage preuve de transparence, afin de protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles a assuré Emmanuel Macron lors de ses vœux à une presse qui se montre plus que bienveillante depuis son arrivée à l’Elysée.

Ce dispositif est une grosse ficelle.

D’abord parce qu’il est inutile. La loi de 1881 sur la presse propose déjà tout l’arsenal possible pour s’attaquer à la propagation de fausses nouvelles et au délit de diffamation. On peut déjà condamner les apologies de toute sorte au racisme, au révisionnisme, au machisme, aux harcèlements… mais montrer du doigt la rumeur et la transformer en péché mortel, il y a des limites à ne pas franchir au risque de rentrer dans une dictature de la pensée unique.

Être un homme public comporte des risques : celui de se faire critiquer, moquer, caricaturer… Cette moquerie à l’égard des puissants est saine : elle est le fondement de l’esprit français (à l’Assemblée nationale, les Députés peuvent s’en convaincre devant les admirables sculptures de Daumier qui n’y allait pas avec le dos de la cuillère lorsqu’il s’agissait de se gausser du pouvoir !), incarné par les plus grands (Victor Hugo se moquant de « Napoléon le Petit » l’a payé d’un exil à Guernesey) et se faufilant jusqu’aux commentateurs de zinc, refaisant le monde au bistrot. Faut-il pour autant condamner cette « politique des comptoirs » ?

Comment peut-on juger qu’une nouvelle est « fausse » ou vérifiée si, étranglée d’emblée par une censure étatique, elle ne peut être passée au crible de l’enquête, de la controverse, de la libre circulation dans l’opinion ? Et qui, comment, jugera qu’une nouvelle estampillée « vraie » a le droit de se faufiler jusqu’aux cerveaux des concitoyens ? Délibérer a priori sur la validité d’une information sans laisser ni les journalistes, ni les citoyens s’en emparer me semble encore plus dangereux pour la démocratie.

Attaquons-nous aux vrais dangers. Si la France a besoin d’une autorité, elle n’a pas besoin d’autoritarisme, même quand celui-ci est introduit avec séduction. Apprenons dès le plus jeune âge aux générations abreuvées d’informations, à en discerner la source, à en vérifier la validité, à en discuter les fondements… c’est ainsi, par un public éduqué et à qui on laissera la libre expression – y compris celle de critiquer ou de moquer le pouvoir – que l’on s’attaquera le plus efficacement aux « fake news ».

Ceux qui défendent la liberté d’expression ont coutume d’exhiber cette phrase apocryphe de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez le dire ». En réalité, il n’a jamais prononcé celle-ci, ne l’a jamais écrite… même si elle exprime admirablement le propos du philosophe amoureux de la liberté. Fake news, donc. Mais comme j’en partage l’esprit, permettez-moi aujourd’hui d’écrire que Je suis Voltaire !

Corse, Catalogne : la leçon des indépendances

Voici une tribune qui m’a été inspirée par le récent scrutin en Corse et la situation en Catalogne. Je connais bien l’Île de Beauté pour être le rapporteur du PADUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse) au Sénat.

Dimanche dernier, dans un contexte de forte abstention, la coalition nationaliste menée par Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni arrivait en tête au premier tour des élections territoriales en Corse avec plus de 45 % des suffrages. Très vite les yeux se sont tournés vers la Catalogne et sa fuite indépendantiste en avant… et aussi vite les observateurs en ont conclu qu’il y avait très peu de risque de voir les nationalistes corses imposer sur l’Île de Beauté un referendum sur son autonomie. C’est tout à fait vrai, d’un point de vue économique comme politique : ni le PIB de la Corse, ni son histoire ne lui permettent d’envisager sérieusement cette option. Mais il y a cependant une leçon à tirer de ces phénomènes. Cette leçon, c’est la défiance des citoyens vis-à-vis d’un pouvoir centralisateur autoritaire et leur désir d’une structure décisionnaire de proximité, consciente des spécificités historiques, culturelles et mémorielles de chaque territoire.

Les grandes Régions imposées par le gouvernement précédent ne prennent pas auprès de l’opinion : trop éloignées des préoccupations quotidiennes, elles disposent de compétences élargies mais confuses.

L’Europe, magnifique utopie politique et volonté commune de paix, s’est transformée au fil du temps en machine à fabriquer des normes et des directives, elle aussi bien éloignée des désirs profonds des peuples. La preuve en a été faite tout récemment avec le chaos concernant l’utilisation du glyphosate en agriculture, le vote allemand permettant à chacun de surseoir à la nécessité de légiférer tout en permettant à Emmanuel Macron de donner quelques gages de consolation à son ministre de l’Ecologie qui n’en finit pas d’avaler des couleuvres.

Dans ce contexte globalisé, flou et lointain, il n’est pas étonnant de voir les régions à forte identité culturelle comme la Corse réclamer davantage d’autonomie dans leur administration. Quant aux territoires ultramarins, ils devraient aussi faire valoir leurs revendications : le referendum d’autonomie de la Nouvelle-Calédonie en 2018 devrait être éloquent à cet égard.

Certains regretteront que le creuset de la Nation n’ait pas su fondre ces identités régionales en un modèle unique et indivisible. Mais l’Histoire a montré que seules les autocraties ont réussi – et à quel prix ! – cette fusion des caractères régionaux en un archétype national niant tout particularisme.

Le XXIème siècle devra pouvoir concilier un modèle national attractif, politiquement stable, fort sur la scène européenne et mondiale, avec la nécessaire prise en compte des particularismes et des légitimes désirs d’autonomie des régions. N’est-ce pas là la meilleure leçon et la plus sage à tirer de ce scrutin ?

 

 

La mort est dans le pré

Je suis viscéralement attaché à la terre et à ce qu’elle représente, sur le plan symbolique et économique.
J’ai la chance que Valeurs Actuelles veuille bien publier ma tribune où j’expose mon ressenti concernant la souffrance du monde agricole face aux aléas climatiques et à la crise du marché, corollaire de la mondialisation.
Vous trouverez ci-joint le texte intégral (qui a été un peu tronqué dans le magazine) dans lequel je fais référence aux problèmes de la zone intermédiaire qui nous concernent géographiquement.

 

logo_tribunes« Si rien ne change, en hiver il y aura des enterrements de paysans ! » Ce présage amer, fait il y a quelques jours par un petit exploitant de Bourgogne, est hélas le même sur l’ensemble du territoire français. Oui, notre agriculture va mal, très mal, et ce constat est valable sur l’ensemble des filières : maraîchage, grandes cultures, élevage, viande ou lait. Et ce n’est pas la timide avancée obtenue à grand-peine contre le géant de l’agroalimentaire Lactalis qui va changer la donne.

Oui les agriculteurs souffrent et d’abord de l’image désastreuse qui est la leur auprès du grand public : pollueurs, bouffeurs de subventions, perpétuels quémandeurs d’aides exceptionnelles au moindre rayon de soleil, à la moindre averse de grêle, voici le portrait peu flatteur dont les médias abreuvent les Français lorsqu’ils parlent de nos paysans. Il est temps de les entendre, enfin.

Scénario catastrophe pour le centre-ville

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Pompidou a eu son Beaubourg, Mitterrand sa pyramide, Chirac son musée : à défaut d’un destin national, François Rebsamen joue les présidents au petit pied en lançant sa Cité de la Gastronomie, version locale des « Grands Travaux ».

Soyons honnêtes : le projet en lui-même, connecté avec l’histoire et la mémoire de Dijon, est cohérent. Ce qui l’est nettement moins, c’est cette idée d’y inclure un cinéma généraliste de neuf salles (piloté par Ciné Alpes qui exploite déjà le multiplexe de Cap Vert) et un cinéma d’art et d’essai de quatre salles pour l’Eldorado qui maintient néanmoins ses trois salles existantes… le tout à quelques centaines de mètres du centre-ville qui en affiche déjà un nombre conséquent, à la limite du suréquipement : Dijon compte en effet une place de cinéma pour 41 habitants, quand la moyenne nationale est à 58. Ce chiffre passerait à 34 si les salles prévues dans la Cité de la Gastronomie ouvraient en conservant les équipements actuels.